Lou

Elle dit que tout vient en même temps musique et mots…

Il n’est pas si tard… comme toujours elle a écrit sans ratures en une seule fois. Au fond de la pièce devant l’écran, elle se sait seule dans l’appartement, c’est important pour que cela advienne , c’est comme un rituel. La musique est simple, depuis une éternité déjà elle tournait dans sa tête. Elle s’ouvre sur un craquement d’écorce, quelqu’un est en marche, ça ne s’arrêtera jamais… « J’ai eu du soleil, des démons et des merveilles », « Chaque jour soulève le voile du rêve », et on plonge, un orgue vient comme une lame des profondeurs.
Non il n’est pas si tard, c’est le même temps qui éclôt à chaque instant. Encore et toujours, traverser le jardin, marcher jusqu’aux colonnes noires et blanches, elles n’ont plus d’ombres à cette heure… Petite, elle aurait inventé un jeu autour d’elles… Elle aurait dansé « Égale à moi même » une drôle de procession s’ébranle au coeur de Paris, un air de province, le silence… De l’autre coté il y a l’océan… Les journées étaient si longues, des vies entières prises entre jour et nuit…
Danser tout le long du jour, danser… Alors toujours le pas est rapide… Un éclair…
On entend des oiseaux, quelqu’un sifflote, une mandoline, où est elle ? d’où parle t’elle ? du fond des nuits ?
Et le voyage commence dans le miroitement des reflets, « partir » « quitter la ville » « se rouler dans la terre humide », l’herbe coupée, le corps dansant. La musique part en bulles de guitare et toujours cet orgue qui n’en finit pas au fond du paysage. « pêcher des poissons magnifiques »… on continue d’avancer dans l’ombre, il y a un palais, c’était quand ? c’est plus tard ? ce sera plus tard ? Le souffle du loup, cet orage tout à coup, cet évanouissement « sa main sur mes yeux ». On est au cinquième morceau, oui il y a toujours ces pas, oui on dirait que quelqu’un marche.
« ce qu’un jour j’aimais jamais ne me lasse » de ces formules ily en a souvent, comme des propositions, d’autres mots qu’elle ne dit pas.
Voilà le sixième titre ,comme on dirait le sixième cercle, le corps qui insiste à nouveau, le temps qu’il fait, toujours ce corps en marche, la chaleur, la douceur du ciel, l’été qui revient, et cette musique comme une vapeur, boucles, sursauts d’archets, comme une réminiscence sauvage du « corps et âme » de son album précédent.
L’album, il vient de ces allées et venues au fond du temps, au fond dujardin…Toujours ces aller-retours, ces « longueurs » en toute saisons… Deux cent seize saisons, deux cent dix-sept, deux cent dix-huit …
Trente deux saisons pour ces huit là, gravées comme des formules à ressasser, dans une jubilation intime, profonde, juste quelques mots posés là comme des totems surgis de tout ce temps…
Une drôle de danse au bord du vide, toujours cette sensation d’espace, la lande, on arrive au bout de la route, voilà , « plus rien », et puis la danse qui prend le corps à nouveau « d’accord pour la vie, d’accord pour la mort aussi », « j’ai juré de garder mon secret ». Tourner, tourner, on entend le ressac, ça reste, et du fond il ya des phrases qui reviennent en surface, « pêcher des poissons magnifiques », « mordre leur chair empoisonnée », « et après, on verra… ».
Quatre mots, quatre notes, une pulsation. Un jour elle a rassemblé ces huit petits objets, elle a enregistré seule ses boucles, ses arpèges, sa voix. Tout a toujours été là, comme un parfum, un ravissement.

Déhème